Être lesbienne aujourd'hui
Longtemps
ignoré, méprisé, tout juste considéré comme un fantasme masculin plus
qu'une véritable orientation sexuelle, l'homosexualité féminine est
aujourd'hui montré du doigt par les religions et plus condamné que jamais,
pourchassé par nos courageux et éminents religieux qui n'ont de cesse, faute
d'être sexuellement satisfaits, de se mêler des affaires de cul des autres.
Chaque fois que leurs ouvrages de référence abordent le sujet de l'homosexualité c'est toujours pour condamner des hommes qui se livrent au pire des péchés en s'adonnant au vice ultime : la pénétration contre nature, la sodomie. Nul part n'est mentionné l'existence d'une pratique, pourtant connu depuis les origines de l'humanité, à savoir le saphisme, que même certains singes, les Bonobos, savourent eux avec volupté. Il faut dire à leur décharge que les pauvres ne sont pas croyants.
Mais la femme est à ce point méprisée dans les religions monothéistes que finalement la simple idée de sa sexualité, la possibilité de son plaisir, et de ces envies, ne furent même pas envisagés l'espace d'un instant dans les trois livres sectaires. La femme n'ayant ni le droit, ni la possibilité de disposer de son corps, et ainsi d'accéder au plaisir, l'hypothèse d'une corruption lesbienne intolérable ne fût même pas imaginée... Pour dire la naïveté et la bêtise des auteurs mégalos de ces sinistres versets.
Fort
heureusement ce glorieux XXI ème siècle aura vu le réveille des églises
faces à un péril des plus pernicieux et au combien dangereux pour l'équilibre
de notre belle société. Elle auront su se ressaisir à temps pour, dans un
chapelet d'intolérance, et par grand soucis de parité, condamner tout autant
homos, lesbiennes, bi et trans. Bien sur pendant des siècles les lesbiennes
furent elles aussi pourchassées et brûlées sur des bûchers, comme tout à
chacun, mais bien souvent le verdict pour ces faibles créatures du malin
trouvées dans les bras l'une de l'autre n'était pas un verdict
d'homosexualité mais plutôt celui de sorcellerie ou de maladie mentale,
l'hystérie menant bien entendu vers le saphisme. Les pauvres bougresses
périssaient donc le plus atrocement du monde sans même voire leurs penchants
saphiques reconnus dans les livres d'histoire. Je vous concède que cela eut
été une bien maigre consolation mais ça aurait été tout de même mieux que
rien. Les récits historiques fourmillent ainsi de fervents mâles sodomites
livrés aux pals les plus divers, écartelés ou lapidés, de sorcières
incinérées au nom du tout puissant, ou encore de pauvres folles enfermées
dans les asiles les plus insalubres, leur sexualité sacrifiée sur l'hôtel de
l'hystérie... Mais de lesbianisme, nul trace.
Aujourd'hui
tout rentre dans l'ordre puisque l'homosexualité féminine est considérée
comme un triple péché, et non comme un triple pontage, ou triple ramonage
laissons les blagues scabreuses de côté pour le moment. Être lesbienne c'est
: Avoir des rapport sexuel (et de un) avec une femme (et de deux) sans but de se
reproduire (et de trois).
Le jackpot pour l'enfer !!!
C'est pourquoi on tente désormais de dépister la gouine dès son plus jeune age... Pour tenter d'éradiquer le fléau !
Je me souviens de ces bonnes sœur pleine de mansuétude qui, à mon école privée catholique, trouvant bizarre que je sois si constamment entourée de camarades du même sexe faible, s'étonnaient que je ne fréquente pas plus de garçons, alors que je n'avais que neuf ans. Elles n'eurent alors de cesse que de me surveiller, tout au long de ces années, tout au long de ce début d'adolescence, guettant le moment libérateur où, enfin rassurées, elles me surprendraient dans les bras d'un garçon échangeant ce baiser salvateur, la preuve de mon hétérosexualité. Mais rien, nada !!!
Alors pour mon bien-être, au environ de mes onze ans, elles estimèrent qu'il était temps d'en parler aux parents de ma meilleure amie... comme ça... au cas ou... et avant que le pire n'arrive, on ne sait jamais... Il ne s'était pourtant jamais rien passé mais "elles" savaient, "elles" sentaient le mal venir, et il fallait arracher ce mal, Le Mal, par la racine avant qu'il ne se propage.
Imaginez
l'humiliation pour un enfant : moi face à cette mère croyante, déjà
persuadée que la petite garce qu'elle accueille depuis tant d'année n'est
qu'une petite putain, une vipère prête à corrompre son innocente petite
fille, à faire d'elle un démon dépravée, imaginez cette mère me demandant
brutalement d' une voix glaciale, étranglée de haine et d'horreur, si je suis
lesbienne.
La question... Cette étrange question que je n'ai cessé de me répéter depuis ce jour, durant des années, durant toute une vie...
De toute façon, que je le soit ou non, je fus obligée ce jour là de répondre avec aplomb par la négation pour ne pas subir les foudres d'une mère malade, la fureur d'une meute de nonnes toute aussi gouines et, surtout, par peur de ne plus jamais revoir mon amie... La réponse était peut être déjà là...
Voilà comment j'ai dû vivre une sexualité refoulée, la peur au ventre, avec toujours cette angoisse qu'on vienne à douter de mon hétérosexualité... J'ignorais à ce moment là quelles étaient mes attirances... J'ignorais également que celle de mon amie étaient identiques... j'ignorais encore que quelques années plus tard je goutterai la douceur de ces lèvres, la moiteur de son sexe, l'amertume de nos larmes...
Les religieuses avaient finalement raison. Elles avaient découvert avant moi la véritable orientation de mes sentiments mais ce n'étaient pas à elles de me le révéler, encore moins de tenter de m'en détourner, et certainement pas d'une manière aussi brutale. En dénonçant publiquement ma sexualité, comme une peste, en me culpabilisant, en m'humiliant. J'avais tellement honte d'être lesbienne que durant des années je me suis persuadée que j'étais hétéro et que l'homosexualité était une déviance.
J'ai
tenté de sortir avec des garçons. J'ai vécu pendant des années refoulée,
coincée, mal dans ma peau, avec l'impossibilité de parler avec qui que ce soit
des mes pulsions, de mes envies. Heureusement pour moi et je ne crois pas que
ça arrive à tous le monde, j'ai rencontré un être exceptionnel qui ma guéri
de tous ces maux et aujourd'hui je peux enfin m'assumer. La sexualité est aussi
vitale que manger et dormir alors quand on vous culpabilise dès le plus jeune
age, les dégâts sont nombreux. C'est pourquoi je parle de tous ça... Pour que
d'autres ne vivent pas la même chose, pour qu'elles sachent qu'elles ne sont
pas seules, pour qu'elles me rejoignent dans ce combat que je mène pour la
liberté de choisir sa sexualité, pour la liberté de vivre comme bon nous
semble...
Pour le droit d'aimer les femmes. Et parce que même si l'on me prouvait l'existence de "Dieu", je refuserais de m'y soumettre.
Sans dieu... Sans maître.
Céline BARA